Voici mon verdict d'emblée : la haute saison 2026 a commencé en mai, pas en octobre.
Ce n'est pas une exagération. Les importations de conteneurs américaines ont atteint 2.6 million TEU en août, en hausse de 3.3% sur un an — le troisième mois le plus élevé jamais enregistré, selon le rapport mensuel du transport maritime de Descartes via Transport Topics. Le port de Los Angeles a traité 955,907 TEU en août, et la période juin-août a dépassé 2.9 million TEU, les trois mois les plus chargés de l'histoire du port. Juste à côté, Long Beach a traité 919,992 TEU en août, en hausse de 2% — son cinquième meilleur mois de tous les temps.
Il y a deux facettes. Oui, le volume est réel. Mais une grande partie de ce fret devait arriver en septembre et en octobre.
Pourquoi tout est arrivé en avance
En mai, les importations chargées via les ports de la côte ouest américaine ont bondi de 19.8% sur un an, selon Sea Intelligence. Pourquoi mai ? Parce que les importateurs couraient contre une échéance : le 24 juillet, la date butoir d'une nouvelle vague de droits de douane permanents. Les tribunaux avaient annulé un lot précédent de politiques tarifaires, des droits de remplacement ont suivi, et personne ne voulait être l'importateur dont le conteneur arriverait un jour trop tard et paierait le taux le plus élevé. Costumes d'Halloween, déco de Thanksgiving, cadeaux de Noël — le fret qui arrivait avant en août et en septembre a été entassé à Los Angeles et Long Beach en mai et en juin.
En clair, le "pic précoce" de cette année n'est pas un boom de la consommation. C'est le calendrier des droits de douane qui a brouillé le rythme. Les distributeurs ont importé autant que jamais ; ils ont simplement déplacé la seconde moitié de l'année dans l'entrepôt en avance. La National Retail Federation s'attend désormais à ce que septembre soit le mois d'importation le plus chargé de l'année dans les grands ports américains — 2.31 million TEU, en hausse de 9.6% — ce qui signifie que le pic traditionnel d'octobre pourrait bien n'être que la queue de cette année.
J'ai déjà vu ce film. La "tête d'avance" devient généralement le trou dans lequel on tombe.
Les économies de droits se sont transformées en loyer d'entrepôt
Fin juin, j'ai visité l'entrepôt d'un client à Ontario — articles pour la maison, vendus sur Amazon et sur son propre site. Le responsable des opérations a montré des allées si bondées qu'on ne pouvait plus marcher : "Nous avons fait entrer trois mois de stock en mai. Notre fret de novembre est assis dans les emplacements de juin."
Ce n'est pas une blague. Son bâtiment s'est rempli à la mi-juin, et il a dû louer un espace de débordement à court terme à Fontana. L'espace à court terme se loue avec une forte prime par rapport à un bail classique — et avec le stock réparti sur deux bâtiments, les préparateurs marchaient plus et les erreurs de picking ont augmenté. Pire encore, le temps de stationnement : chaque jour supplémentaire passé par un conteneur au port ou au terminal, c'est de l'argent.

Un ami qui exploite un 3PL près de Long Beach m'a raconté la même histoire de l'autre côté début août : ses rendez-vous de dépotage étaient réservés deux semaines à l'avance, les clients hurlaient, les équipes faisaient des heures supplémentaires — mais il n'y avait nulle part où mettre le fret. "Ce n'est pas que le fret ne peut pas entrer", a-t-il dit. "C'est qu'une fois entré, il n'a nulle part où aller. Tout le monde attend octobre, mais le fret d'octobre est arrivé en juin."
Toute stratégie a un prix. Voici l'arbitrage que j'ai passé en revue avec ce client d'Ontario :
| Rythme de réapprovisionnement normal | Anticipé de 2–3 mois | |
|---|---|---|
| Coût des droits de douane | Le nouveau taux payé en totalité | L'échéance évitée, une partie économisée |
| Coût d'entreposage | L'espace existant suffit | Débordement à des tarifs court terme en prime |
| Trésorerie immobilisée | Suit le cycle des ventes | Des mois de stock payés d'avance |
| Flexibilité | Réapprovisionner selon les besoins | Styles et quantités figés tôt ; les ventes lentes deviennent du stock mort |
(Modèle illustratif pour montrer les ordres de grandeur — faites vos propres calculs.)
Anticiper fait économiser les droits et dévore votre trésorerie et vos mètres cubes. C'est le plus grand arbitrage de cette année : les droits de douane sont une taxe visible ; l'espace d'entrepôt et la trésorerie sont des taxes invisibles. La plupart des gens n'ont fait le calcul que pour la première.
Les ports sont en plein boom. Alors pourquoi pas les camions ?
Voici la lecture à contre-courant : un volume portuaire record ne signifie pas une demande record de transport routier.
James Roe, qui dirige l'analyse du transport maritime et de la logistique chez AlixPartners, l'a dit crûment début octobre : les distributeurs ont anticipé le stock de fin d'année, et il "apparaît dans les ports mais pas encore sur l'autoroute". Le record de 2.6 million TEU d'août ne s'est pas traduit en demande de dry van — le fret est assis dans les entrepôts, il ne roule pas comme commandes sur route. La confiance des consommateurs est à son plus bas niveau en huit mois, et la demande de fret intérieur n'a tout simplement pas suivi les ports.
Cela ne veut pas dire que le transport va bien. La mise à jour du marché nord-américain de septembre de Maersk a été claire : le marché américain du drayage se tend — pénurie de châssis, moins de chauffeurs qualifiés — et la pression dure pendant toute la haute saison. En langage simple : sortir une boîte du port devient plus difficile, et quand on peut avoir un camion, il n'est pas bon marché.
J'ai vu trop de gens se tromper sur ce calcul : "du fret au port" n'est pas "du fret dans l'entrepôt". Pas cette année. Chaque semaine supplémentaire de stationnement est une semaine en moins de saison de vente. Entre le port et l'entrepôt se trouve un goulot d'étranglement du dernier kilomètre que personne n'avait budgété.
Trois choses que les 3PL et les chargeurs devraient faire maintenant
Premièrement, sécurisez dès maintenant la capacité de débordement, pas en octobre. Espace à court terme, entreposage partagé, conditions de débordement avec votre 3PL actuel — négociez aujourd'hui et vous avez encore du levier ; négociez une fois plein et le prix sera ce qu'ils disent. Le taux de vacance des entrepôts dans l'Inland Empire a atteint 8.5% au Q2, un plus haut de 15 ans selon CoStar, donc l'espace existe. L'astuce, c'est de bouger avant les autres.
Deuxièmement, sécurisez la main-d'oeuvre 6–8 semaines à l'avance. Les intérimaires de pic ne s'épuisent pas en octobre ; ils sont déjà réservés en août. L'anticipation a avancé votre charge de réception, de dépotage et de mise en stock de deux mois entiers — votre plan de personnel doit bouger avec. Ne commencez pas à recruter quand le dépotage est déjà réservé deux semaines à l'avance.
Troisièmement, réservez le drayage à l'avance au lieu de courir après les camions. Présentez à votre transporteur le plan de traction octobre–décembre maintenant, et priorisez le fret à forte rotation. Les châssis et les chauffeurs sont le maillon le plus tendu de cette année ; le drayage au comptant sera cher, lent, ou les deux.
Le moment le plus dangereux n'est pas la haute saison — c'est le prochain Q1
Un dernier avertissement, et c'est ce qui m'inquiète le plus : le vrai risque de l'anticipation n'est pas cette haute saison. C'est le premier trimestre de l'année prochaine.
Un volume anticipé, c'est une demande anticipée. Si les ventes de fin d'année ne dépassent pas les attentes, le fret précoce ne s'écoule pas, et le Q1 devient un exercice de démarques. Ce que vous avez économisé sur les droits ressort en démarques — et le bailleur de l'entrepôt ne vous offrira pas de remise.
Pendant que votre fret fait la queue au port, votre trésorerie fait la queue aussi. Cette année ne sera pas gagnée par celui qui a importé le plus tôt. Elle sera gagnée par celui dont la trésorerie et les mètres cubes pourront survivre au pari.
Par Lao Mi, Vétéran de la chaîne d'approvisionnement (20 ans)
Traduit de l'anglais. En cas de divergence, la version anglaise fait foi.






